الصَّوْمُ فِي اللُّغَةِ: الْإِمْسَاكُ عَنِ الشَّيْءِ وَالتَّرْكُ لَهُ
الصَّادُّ وَالْوَاوُ وَالْمِيمُ أَصْلُ وَاحِدٍ يَدُلُّ عَلَى الْإِمْسَاكِ وَالْكَفِّ
فَإِمَّا تَرَيْنَ مِنَ الْبَشَرِ أَحَدًا فَقُولِي إِنِّي نَذَرْتُ لِرَحْمَنِ صَوْمًا فَلَنْ أُكْلِمَ الْيَوْمَ إِنسِيًّاfa-īmmā taraynīna mina l-bashari abadan fa-qūlī innī nadhartu li-r-raḥmāni ṣawman fa-lan ukallima l-yawmā insīyyā« Si jamais tu vois un être humain, dis : "J'ai voué un şawm au Raḥmān, aujourd'hui je ne parlerai à personne." »Sūrat Maryam 19 : 26
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَأَيَّمٍ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَyā ayyuḥā lladhīna āmanū — kutibā 'alaykumu ṣ-ṣiyām — kamā kutibā 'alā lladhīna min qablikum — la'allakum tattaqūn« Ô vous qui avez cru ! Le Ṣiyām vous a été prescrit — kutibā 'alaykum — comme il avait été prescrit à ceux qui vous ont précédés afin que vous atteigniez la taqwā. »Al-Baqara 2 : 183
أَيَّامًا مَعْدُودَاتٍ فَمَن كَانَ مِنْكُمْ مَرِيضًا أَوْ عَلَى سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِنْ أَيَّامٍ أُخَرَ وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدَيَّةٌ طَعَامٌ مِسْكِينٍ فَمَن تَطَوَّعَ خَيْرًا فَهُوَ خَيْرٌ لَهُ وَأَنْ تَصُومُوا خَيْرٌ لَكُمْ إِنْ كُنتُمْ تَعْلَمُونَayyāman ma'dādātīn — fa-man kāna minkum marīḍan aw 'alā safarīn fa-'iddatun min ayyāmīn ukhara — wa-'alā lladhīna yuṭīqūnahu fidyatun ṭa'āmu miskīnīn — fa-man tatawwa'a khayran fa-huwa khayrun lahu — wa-an taṣūmū khayrun lakum — in kuntum ta'lamūn« (Le Ṣiyām vous a été prescrit) Des jours comptés. Quiconque d'entre vous est malade ou en voyage, compensera par un report ultérieur des jours manqués. Et pour ceux qui en ont la capacité (yuṭīqūnahu) (ni malade, ni en voyage) la compensation (au choix de ne pas jeûner) sera de nourriture un pauvre. Quiconque accomplit volontairement du bien, c'est un bien pour lui. Et que vous jeûniez est encore meilleur pour vous, si vous saviez! »Al-Baqara 2 : 184Note de traduction critique — S.2:184Le syntagme وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ est rendu dans une large partie de la bibliographie francophone par : « et celui qui éprouve une difficulté à jeûner, qu'il nourrisse un pauvre. »Cette traduction appelle une observation d'ordre strictement textuel, que l'honnêteté intellectuelle impose de formuler clairement.Le verbe يُطِيقُونَهُ (yuṭīqūnahu) est la troisième personne du pluriel de la Form I de la racine ط – و – ق, dont le sens primaire dans les lexiques arabes anciens — Lisān al-ʿArab, Maqāyīs al-Lugha — est constant et sans ambiguïté : être capable de, avoir la force et la capacité de faire quelque chose. Yuṭīqūnahu signifie donc : ceux qui en sont capables, ceux qui peuvent le faire.Or la traduction citée suppose une tout autre lecture : ceux qui ont du mal à le faire, ceux qui en sont incapables — ce qui correspond non pas à yuṭīqūnahu, mais à لَا يُطِيقُونَهُ (lā yuṭīqūnahu), c'est-à-dire au même verbe précédé d'une négation.Cette négation n'existe pas dans le texte.Il ne s'agit pas d'une nuance d'interprétation, ni d'un choix stylistique légitime entre plusieurs sens possibles d'une racine polysémique. La racine ط-و-ق ne porte pas le sens de difficulté ou d'incapacité — elle porte précisément le sens inverse. Introduire une négation absente du texte pour en renverser le sens n'est pas traduire : c'est réécrire. Et réécrire un texte en lui faisant dire le contraire de ce qu'il dit, tout en lui conservant l'apparence d'une traduction, constitue une atteinte à la fois à l'intégrité littéraire du texte, à la confiance du lecteur, et à la rigueur doctrinale que tout travail sur un texte normatif commande.La traduction linguistiquement fidèle du syntagme est :Cette lecture change substantiellement la portée du verset : il ne s'agit plus d'une dispense accordée à celui qui ne peut pasjeûner, mais d'une option ouverte à celui qui le peut — ce qui est une tout autre logique coranique, que le texte seul est habilité à établir.
شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِي أُنْزِلَ فِيهِ الْقُرْآنُ هُدًى لِّلْأُمَّةِ وَبِيَنَاتٍ مِّنَ الْهُدَىٰ وَالْفُرْقَانِ ۚ فَمَن شَهِدَ مِنَكُمُ الشَّهْرَ فَلْيَصُمْهُ وَمَن كَانَ مَرِيضًا أَوْ عَلَىٰ سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِّنْ أَيَّامٍ أُخَرٍ يَرِيدُ اللَّهُ بِكُمُ الْيُسْرَ وَلَا يَرِيدُ بِكُمُ الْعُسْرَ وَلِتَكُولُوا الْعَدَّةَ وَلِتَكُرِرُوا عَلَىٰ مَا هَدَاكُمْ ۖ وَلَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَshahrur ramaðāna lladhī unzila fihī l-Qur'ānu hudan li-n-nāsi wa-bayyinātūn mina l-hudā wa-l-furqāni — fa-man shahida minkumu sh-shahr fa-l-yašamhu — wa-man kāna marīdan aw 'alā safarīn fa-'iddatun min ayyāmin ukhara — yurīdu llāhu bikumu l-ysra wa-lā yurīdu bikumu l-'usra — wa-li-tukmilī l-'iddata wa-li-tukabbirū llāha 'alā mā hadākum wa-la'allakum tašhkurūn« Le mois de Ramadān, celui dans lequel a été descendu le Coran qui est une guidée pour les gens et des manifestations de clarté (des éléments qui portent leur évidence en eux-mêmes) par la guidée et le discernement (ce qui tranche entre vrai et faux), Quiconque d'entre vous est présent/témoin du mois (shahida sh-shahra), qu'il le jeûne (fa-l-yašamhu). Et quiconque est malade ou en voyage : un décompte équivalent d'autres jours. Allah veut pour vous la facilité (al-ysr), Il ne veut pas pour vous la difficulté (al-'usr) — pour que vous complétiez le nombre (wa-li-tukmilī l-'idda), et pour que vous proclamiez la grandeur d'Allah (tukabbirū llāha) sur ce par quoi Il vous a guidés, et peut-être serez-vous reconnaissants. »Al-Baqara 2 : 185
وَإِذَا سَأَلَكَ عَبَادِي عَنِّي فَإِنِّي قَرِيبٌ ۖ أَجِيبُ دَعْوَةَ الدَّاعِ إِذَا دَعَانِ ۚ فَلْيَسْتَجِيبُوا لِي وَلْيُؤْمِنُوا بِي لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَwa-idhā sa'alaka 'ibādi 'anni fa-innī qarībun — ujibū da'wata d-dā'i idhā da'āni — fa-l-yastajibū li wa-l-yu'minū bi la'allahum yarshudūn« Et lorsque Mes serviteurs t'interrogent à Mon sujet — Je suis proche. Je réponds à l'appel de celui qui M'appelle quand il M'appelle. Qu'ils Me répondent et croient en Moi — peut-être seront-ils guidés droitement. »Al-Baqara 2 : 186
أَحَلَّ لَكُمُ الصَّيَّامُ الرَّفُّ إِلَى نِسَائِكُمْ ج هِيَ لِبَاسٌ لَكُمْ وَأَنْتُمْ لِبَاسٌ لَهُنَّ عَلَى اللَّهِ تَقَدُّمُكُمْ ج كُنْتُمْ تَخْتَانُونَ أَنْفُسَكُمْ فَتَبَّ عَلَيْكُمْ وَعَفَّ عَنْكُمْ فَلَأَنْ بَشِّرُوهُنَّ وَأَنْبَعُوا مَا كَتَبَ اللَّهُ لَكُمْ وَكُلُوا وَاشْرَبُوا حَتَّى يَبْيَنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الْأَيْضَ مِنَ الْخَيْطِ الْأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ ط ثُمَّ أَتُمُّوا الصَّيَّامَ إِلَى اللَّيْلِ وَلَا تُبَيِّضُوهُنَّ وَأَنْتُمْ عَاكِفُونَ فِي الْمَسَاجِدِ ذَلِكَ حُدُودُ اللَّهِ فَلَا تَقْرُبُوهَا كَذَلِكَ يَبِيْنُ اللَّهُ آيَاتِهِ لِلنَّاسِ لِعَلَّهُمْ يَتَقَوْنَuhilla lakum laylata ş-şiyāmi r-rafathu ilā nisā'ikum — hunna libāsun lakum wa-antum libāsun lahunna — 'alīma llāhu annakum kuntum takhtānūna anfusakum fa-tāba 'alaykum wa-'afā 'ankum — fa-l-āna bāshirāhunna wa-btağhū mā kataba llāhu lakum — wa-kulū wa-shrabū ḥattā yatabayyana lakumu l-khaytu l-abyaḍu mina l-khayti l-aswadi mina l-fajri — thumma atimmū ş-şiyāma ilā l-layl — wa-lā tubāshirāhunna wa-antum 'ākifūna fi l-masājidī — dhālika huḍūdū llāhi fa-lā taqrabāhā — ka-dhālika yubayyinu llāhu āyāthi li-n-nāsi la'alla-hum yattaqūn« Il vous est permis, la nuit du Šiyām (laylata ş-şiyām), le rapprochement intime (ar-rafath) avec vos épouses. Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. Allah savait que vous vous trahissiez vous-mêmes, vous a repenti (fa-tāba 'alaykum) et vous a pardonné (wa-'afā 'ankum). Dorénavant, ayez de l'intimité avec elles en prenant en compte ce qu'Allah a prescrit pour vous. Mangez et buvez jusqu'à ce que se distingue pour vous le fil blanc du fil noir de l'aube (mina l-fajr). Puis accomplissez le Šiyām jusqu'à la nuit (ilā l-ayl). Et ne vous approchez pas d'elles lorsque vous êtes en retraite spirituelle 'ukūf dans les mosquées. Telles sont les limites d'Allah, ne vous en approchez pas. C'est ainsi qu'Allah explicite Ses āyāh aux humains, afin qu'ils puissent atteindre la taqwā. »Al-Baqara 2 : 187
الشَّيْنُ وَالْهَاءُ وَالرَّاءُ أَصْلُ يَدُلُّ عَلَى الظُّهُورِLa racine indique la manifestation, l'apparition visible. Le shahr tire son nom de la visibilité du halāl (croissant lunaire) qui marque son début. Un shahr est donc un cycle lunaire complet : de l'apparition d'un croissant à l'apparition du suivant — 29 ou 30 jours selon l'observation.Maqāyis al-Lugha ; Lisān al-'Arab, art. ش-ه-ر
fa-man shahida minkumu sh-shahra fa-lyasumhu« Quiconque d'entre vous est présent/témoin du mois, qu'il le jeûne. »Al-Baqara 2 : 185
وَلِتُكَمِّلُوا الْعِدَّةَ — wa-li-tukmilū l-'iddata« Pour que vous complétiez le nombre / le décompte. »Al-Baqara 2 : 185
وَمَنْ كَانَ مَرِيضًا أَوْ عَلَى سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِّنْ أَيَّامٍ أُخَرَwa-man kāna marīḍan aw 'alā safarin fa-'iddatun min ayyāmīn ukhara« Quiconque est malade ou en voyage : un décompte équivalent d'autres jours. »Al-Baqara 2 : 184 et 185
﴿ وَلَا تَقُولُوا لِمَا تَصِفُ الْسَّمَاكَةُ الْكَذِبَ هَذَا حَلَالٌ وَهَذَا حَرَامٌ لِتَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ الْكَذِبَ ﴾« Et ne proférez pas de vos propres langues ce mensonge : "ceci est ḥalāl et ceci est ḥarām"afin de forger une invention attribuée à Allah. » An-Nahl 16 : 116Précision : الْكَذِبَ final dans li-taftarū ʿalā llāhi l-kadhib avec la nuance de iftirāʾ : pas simplement un mensonge ordinaire, mais quelque chose de fabriqué et attribué.